[Lutecium-group] RE : La voix de la raison

kika mariadsouza at terra.com.br
Mon Dec 18 17:56:10 GMT 2006


ce qui me semble le plus terrible c'est que la société se sente encore
aujourd'hui plus confortable avec ces réponses lá... et celà me fait penser
à l'interview de Lacan, à Rome, quand il disait que la psychanalyse serait
vaincue par la réligion. Sera-t-elle vaincue par la "science" aussi?

(et merci Liliane de la traduction!)

----- Original Message -----
From: "JP Bienvenu" <jp.bienvenu at wanadoo.fr>
To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Monday, December 18, 2006 3:06 PM
Subject: [Lutecium-group] RE : La voix de la raison


> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---


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Je ne sais pas si le titre est bien choisi pour ce message... Les voies de
la raison sont décidément impénétrables ! Voici un exemple de la tendre
délicatesse qui caractérise certains débats qui opposent psychiatres et
psychanalystes : la réponse de Yves Ferroul, médecin comportementaliste, à
Steven Wainrib, psychiatre et psychanalyste, membre de la Société
psychanalytique de Paris.

Se munir de bromure avant de lire ces proses.

JP B

_________________

1) Psychiatrie : vers le nouveau "sujet TOC", par Steven Wainrib
LE MONDE | 05.12.06 :

La Haute Autorité de santé (HAS) a récemment adressé aux psychiatres une
brochure intitulée Trouble obsessionnel compulsif (TOC) résistant : prise en
charge et place de la neurochirurgie fonctionnelle. Sous le couvert bien
anodin d'une "évaluation des technologies de santé" s'y déploie la nouvelle
collection d'hiver des thérapies du comportement. Elle concerne les "sujets
TOC" (sic), présentés comme des "handicapés" à qui on se propose d'infliger
des traitements de plus en plus cauchemardesques, surtout s'il leur venait
l'idée saugrenue de résister au premier degré. [...]
Voici venu enfin le temps des méthodes efficaces et de la technologie de
santé appliquée au psychisme. Premier degré, on nous propose une association
musclée entre une thérapie comportementale intensive, une thérapie cognitive
et des antidépresseurs. Nous voilà loin des premières affirmations
triomphales des comportementalistes nous décrivant des guérisons quasi
miraculeuses en quelques séances, type Orange mécanique. L'intérêt de ce
document est de nous révéler que rien de tout cela ne marche sans
antidépresseurs. Personne n'a d'ailleurs pu montrer que ces médicaments
agissaient sur les mécanismes causant les obsessions, mais tout donne à
penser qu'ils sont devenus indispensables aux comportementalistes, tellement
les patients risquent de se déprimer gravement, si on s'emploie ainsi à
raboter sauvagement leur symptôme, sans les accompagner dans une
reconnaissance profonde de leur être. Il a été démontré scientifiquement que
les prescriptions d'antidépresseur créent une véritable toxicomanie, tant
ils entraînent très rapidement une dépendance physique et psychique générant
un syndrome de sevrage. Mais c'est une bonne nouvelle qu'on veut nous
annoncer : les patients réfractaires, ces "sujets TOC" qui ont le culot de
résister n'ont encore rien vu. Nos savants ont fait une longue revue de la
littérature mondiale et nous annoncent avec délectation qu'on va pouvoir les
opérer en neurochirurgie. Sans craindre le ridicule, emportés sans doute par
l'aveuglement de leur volonté de puissance, ils nous annoncent un florilège
de techniques, les unes plus mutilantes que les autres. Ils ne savent même
pas si l'on doit faire une "capsulotomie antérieure, une cingulotomie
antérieure, une tractomie subcaudée ou une leucotomie bilimbique", c'est au
petit bonheur la chance qu'on opère.
On se croirait revenu au temps des médecins de Molière, mais l'envie d'en
rire se fige lorsque ces longs couteaux audacieux nous expliquent, sans
affect, que des lésions irréversibles sont causées lors de cette chirurgie
d'ablation, évoquant pudiquement des "complications", dont il nous sera fait
grâce, sans doute pour ne pas rompre le charme. Si vous avez froid dans le
dos, nos comportementalistes sont ravis de présenter aux tièdes une
technique chirurgicale optionnelle, supposée réversible cette fois-ci. Si
vous avez peur de détruire des zones cérébrales de vos patients, et bien
vous pouvez toujours les stimuler avec des électrodes implantées dans le
cerveau. On a même la possibilité d'ajuster les différents paramètres du
courant électrique (fréquences, voltage, durée d'impulsion), ce qui nous
rappelle tous quelque chose.
Bien sûr, des complications existent, il y a un peu de casse, tout juste un
petit 1 % à 2 % d'hémorragies intracérébrales, et 3 % à 4 % d'infections du
cerveau. Au fait, après avoir subi ces "traitements", vous continueriez à
dire à votre docteur que vous avez des obsessions, histoire de se payer une
tractomie subcaudée, à peine rescapé d'une capsulotomie antérieure ? Les
statistiques de résultats seront excellentes.
[...] La prise du pouvoir thérapeutique par les comportementalistes passe
d'abord par l'affirmation que nous devons nous moquer du sens des symptômes.
Ce ne sont que simples comportements erronés ou "cognitions" distordues. Si
vous admettez ces prémisses, vos thérapeutes ont les moyens de vous faire
rectifier de telles erreurs. Vous avez aimé Le Livre noir de la
psychanalyse, vous adorerez la chirurgie des obsessions et ses délicates
leucotomies bilimbiques. Un film d'horreur, mais en version réalité, très
XXIe siècle.

Le document cité est consultable sur
http://www.has-sante.fr/portail/display.jsp?id=c_272448





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