[Lutecium-group] Re : Re : RE : La voix de la raison
Violaine Clement
violaine.clement at co-perolles.ch
Thu Dec 21 12:40:33 GMT 2006
Discutons en effet, Yann.
Comme vous, je suis payée pour faire mon travail, pas par la sécu, mais
par l'éducation, et j'essaie de le faire bien, c'est-à-dire de faire
entendre quelque chose de cette petite voix qui insiste.
Dans notre école comme partout, il y a des élèves qui rendent leurs
enseignants fous, ainsi ce garçon qui se pose en victime, quoi qu'on
lui propose, cette jeune fille qui hurle des obscénités en plain cours,
cet autre qui refuse de venir en classe de sport, celui-ci qui urine
sur ses camarades. Il y a aussi ces enfants qui servent d'otages à
leurs parents, celles qui ne mangent plus au cours de cuisine, celui
que le regard de l'autre pousse à frapper... j'arrête la liste, elle
n'est pourtant pas épuisée. Bien sûr, ils sont la minorité, mais une
minorité qui compte pour moi, d'autant qu'eux ne comptent pas souvent
sur les adultes. Pas étonnant du reste qu'ils aient tant de mal à
compter, ou que leurs moyennes soient si faibles.
Epuisés, certains enseignants qui font des cauchemars, lorsqu'ils
arrivent à dormir, que le souci pour l'avenir de certains de leurs
élèves ne laisse pas en repos.
C'est pour ces enfants, et pour ces enseignants, pour ces parents (qui
me paient, au fond) aussi qu'on peut se poser la question de notre
utilité.
Aujourd'hui, j'ai vu s'éclairer le visage de cette élève lorsque je lui
ai dit que j'étais son esclave, et qu'elle était ma reine, que c'était
pour la servir bien que j'étais là. Et ce sourire, je l'ai reçu comme
un paiement.
J'ai aussi reçu en cadeau de Noël cette parole d'un garçon, plus
lacanien que moi : "La parole, c'est tout ce qu'on a. Il faut la
soutenir."
Bien sûr, ces mots-là ne peuvent pas être enfermés dans des grilles, et
je suis d'accord avec vous. La question de la transmission de ce
savoir-là est une vraie question. C'est ce qui me pousse à dire quelque
chose de mon travail, non pas à un Big Brother qui serait chargé de me
contrôler, mais sur cette liste, par exemple, ou dans des groupes de
travail, ou lorsqu'on me demande d'enseigner quelque chose d'une
pratique dont les effets finissent, comme la voix de la raison, par
être reconnus.
Dès demain, je serai en vacances, et il me semble que je ne les ai pas
volées...
Bien à vous,
Violaine
Le 21 déc. 06, à 12:33, Yann Leroux a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> thierry.guillermin at idestyle-tech.com a écrit :
>>
>> Discutons plutôt.
>>
> Eh bien pour discuter, il faut une base commune.
> Le sujet, ici, c'est de savoir "Pourquoi une psychanalyse est elle
> remboursée ?"
> Je travaille dans un CMPP. A chaque fois qu'un enfant passe trois quart
> d'heure avec moi, c'est 100 euros que la sécurité sociale paye. Je
> pense
> que l'on est en devoir de se demander si cet argent public est bien
> placé. 100 euros, pour ceux qui l'oublient, c'est un mois de travail
> dans certains pays. Je me pose cette question pour chaque enfant que je
> reçois, et pour chaque séance. C'est une question difficile, et y
> répondre cliniquement n'est pas chose aisée. Mais ce n'est pas une
> raison pour l'esquiver ou pour présenter toute personne qui la pose
> comme un réducteur de tête. Je comprends la colère des TCCiste et pour
> ce qui est de l'évaluation de nos actes, je suis à leurs coté. Cette
> nécessitté d'évaluer la psychanlayse n'est pas chose nouvelle.
> L'institut de Berlin, déjà, avait fait quelques études. La Tavistock
> clinic également. Faut il citer le travail de l'institut Menniger ? Ce
> qui est tout à fait hallucninant c'est l'idée selon laquelle le
> psychanalyse n'évaluerait pas ce qu'il fait. S'il en est, ce sont tout
> simplement des imbéciles et des incompétants. Pas des psychanalystes.
>
> A botter en touche a chaque fois que quelqu'un parle d'évaluation, ce
> qui se produit dans le corps social, c'est tout betement la
> confirmation
> que la psychanalyse est sans effets. Il n'en est rien. Les outils
> d'évaluation dont nous dispositions sont autrement plus puissants
> qu'une analyse statistique : ce sont des outils cliniques, au plus près
> de chaque patients, portant sur le long terme. Et chaque analyste doit
> pouvoir produire une évaluation de son travail avec chaque patient
>
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