[Lutecium-group] Re : interpellation
Emmanuel Bing
bing at club-internet.fr
Sat Jan 20 16:01:44 GMT 2007
Bonjour Maria,
Il y a quelque chose, dans notre culture et notre langue, dans
l¹interpellation par le nom de famille, qui est de l¹ordre du mépris, du
manque de respect, de l¹impolitesse. Comme le tutoiement d¹un policier à une
personne qu¹il ne connaît pas, comme le tutoiement d¹un truand pour sa
victime.
On peut comprendre que quelqu¹un qui n¹est pas dans sa langue n¹entende pas
ces résonances. Toutefois, et quelle que soit l¹analyse qui peut en être
faite, ces résonances existent et persistent, du fait qu¹elles sont dans la
langue, elles sont la langue même.
Lorsque quelqu¹un crie, on entend le cri : on n¹entend que le cri. On
n¹entend que la violence du cri.
Lorsque l¹apostrophe est inappropriée (le tutoiement de quelqu¹on ne connaît
pas) le même phénomène se produit. On n¹entend que l¹apostrophe.
L¹apostrophe du côté du nom propre, du nom de famille seul, sans le prénom,
rappelle l¹armée, l¹école, l¹administration. Quelque chose tombe le
prénom. Comme si, pour celui qui interpelle, il n¹y avait en face un
non-sujet. Il y a une négation de l¹autre dans cette façon de faire.
Il est donc surprenant de voir que vous souhaitez être appelée ³kika², du
surnom dont vous a gratifié votre frère (je suppose dans l¹enfance?), et que
vous ayez du mal à entendre ce que l¹on vous dit, assez gentiment
d¹ailleurs, de l¹apostrophe, de l¹interpellation, et de ce que cela induit
dans votre discours.
EB
Le 20/01/07 14:42, « kika » <mariadsouza at terra.com.br> a écrit notamment :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Chantal Collet... les noms (du père), c'est si dur à porter? Judith
> non-pas-Lacan-mais-Miller (c'est curieux, de haïr don père et se marrier
> avec son principal assistant) le démontre, selon vous...
>
> le mien est kika, avec minuscules et sans "surnom", comme on le dit en
> portugais...c'est le nom que mon frère m'a donné... mais si nous sommes tous
> de signifiants les uns envers les autres, ce ne sont pas les noms ni les
> mots (ou les morts qui ont été évoqués para La Psychanalyse, car si c'est un
> nom, c'est avec majuscules-, il y a quelques jours) qui importent mais ce
> qu'il vous évoquent, vos signifíes
>
> j'en ferais un petit récit avec cette Flandre natale, de garçons tutoyés
> pour être battus moralement? je raconterais ce passé que s'écoule comme de
> l'eau entre nos doigts, un monde qui devient de plus en plus fabriqué,
> métaphorique.
>
> tout ce que vous dites confirment ce que j'ai compris... pourquoi "le nom du
> père", que Lacan reprends au pluriel en se référant au Réel, à l'Imaginaire
> et au Symbolique... vous vous rendez bien compte alors de comment
> travaillait Lacan?
>
> enfin, non Collet, je ne vais pas vous battre.
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "Chantal Collet" <collet.chantal at 9online.fr>
> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
> <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Saturday, January 20, 2007 3:57 AM
> Subject: [Lutecium-group] interpellation
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
> Maria,
>
> Dans l'école républicaine des années 60, on interpellait les garçons par le
> nom de famille, suivi du tutoiement et d'une taloche quand le môme
> n'obtempérait pas assez vite.
> Vraiment dans votre charabia, votre langage de charretier
> m'insupporterait-il ?
>
> Cela me rappelle de mauvais souvenirs ...
>
> L'usage de l'emploi du prénom a-t-il un sens dans l'histoire de la
> psychanalyse ?
>
> Ce n'est pas par Hasard que Judith Miller n'a jamais voulu porter le nom de
> famille de Lacan: filiation mal vécue ou trop lourde ? Pour moi, cela est à
> situer dans les blessures de chacun, à respecter.
>
> J'aimerai entendre des uns et des autres ce qu'évoquent pour vous la manière
> d'être interpellé par son prénom, avec la diversité des intonations qui s'y
> ajoute.
>
>
> Maria, je vous autorise à me tutoyer si vous vous souvenez que j'ai
> travaillé comme vous "à chicons" dans les fermes de ma Flandre natale. Il me
> semble que l'effort d'un vouvoiement met de la distance dans les propos, de
> l'élégance aussi. Ce n'est pas superflu dans les échanges ... N'est-ce pas ?
>
> Chantal Collet
>
>
>
> Le 19/01/07 23:58, « kika » <mariadsouza at terra.com.br> a écrit :
>
>> > lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> > Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> > ---
>> > Doucet... je pensais à ta réponse et je suis rendue compte qu'en français
> le
>> > nom est le nom de famille... ton nom est ton nom de famille, soit le nom
> de
>> > ton père, le nom du père...
>> >
>> >
>
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