[Lutecium-group] Re : R é f. : RE : article à ne pas manquer....

Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS nikosynguel2 at yahoo.fr
Tue May 20 15:16:52 GMT 2008


C'est curieux en lisant cette interview je pensais à Elfriede JELINEK, romancière autrichienne couronnée du nobel il y a quelques années, qui écrit beaucoup dans ce sens là. J'ai lu il y a quelques années Lust , l'histoire d'une bourgeoise qui se fait battre et violer par son mari, grand bourgeois respectable, et qui s'échappant dans les bras d'un jeune amant, retombe dans les mêmes affres. La lecture de cette ouvrage est difficilement soutenable de violence. Par ailleurs, cette écrivain ne dit pas autre chose sur son pays que JAM.
Nicolas-Spyridon
(je vous mets le lien d'une interview sur de l'auteur en question)

http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20070118/854242_le_monde_des_livres.pdf

----- Message d'origine ----
De : Chantal Collet <collet.chantal at 9online.fr>
À : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <lutecium-group at lutecium.org>
Envoyé le : Lundi, 19 Mai 2008, 7h33mn 47s
Objet : Re: [Lutecium-group] R é f. : RE : article à ne pas manquer....

lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---



Le 17/05/08 10:28, « Augustina » <augustina.b at free.fr> a écrit :

> lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
> ---
> Bonjour,
> 
> 
> 
> J'ai été surprise quant aux propos racistes tenus dans cet article mais
> surtout d'y lire une méconnaissance de la perversion.
> 
> 
> 
> am
> 
>  
> 
>  
> 
> -------Message original-------
> 
>  
> 
> De : Natalia Milopolsky-Costiou
> 
> Date : 15/05/2008 17:44:02
> 
> A : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne
> 
> Sujet : [Lutecium-group] RE : article à ne pas manquer....
> 
> 
> 
> lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
> 
> ---
> 
> Oui, en effet, je l¹ai lu il y a une semaineŠ
> 
>  
> 
>  J¹y reconnais aussitôt le style de JAM, qui est un brillant intellectuel,
> mais dont l¹allusion « ethnologique » de l¹affaire me laisse perplexe. Je
> parlerai plutôt non pas de l¹absence de l¹inconscient du monstre en question
> mais de la-dite culpabilité (immense !) de la victime, qui a dû me
> semble-t-il payer ainsi pour le malheur de sa mère et dont la « substitution
> » appairât donc comme un sacrifice presque spirituel. Pensez-vous que cette
> horrible affaire soit vraiment « propre » à la société autrichienne ou
> quelconque ? Beaucoup des gens « ignorants » seront choques à apprendre le
> nombre des cas semblables qui ne se dévoilent jamais (si ce n¹est dans nos
> cabinets et encoreŠ) et qui sont évidemment largement moins médiatisés.
> C¹est à cela que la chose me fait penser cette semaine, dans l¹empathie pour
> toutes ces vies sacrifiées en cachetteŠ
> 
>  
> 
>  Cordialement,
> 
>  Natalia
> 
>  
> 
> Violaine Clement <violaine.clement at co-perolles.ch> a écrit :
> 
>  lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium.
> 
> ---
> 
>  
> 
> Le Point
> 
>  
> 
>  
> 
> 08/05/2008 N°1860 Le Point
> 
>  
> 
> Interview Jacques-Alain Miller
> 
> Un psy analyse l'affaire Fritzl
> 
>  
> 
> Propos recueillis par Christophe Labbé et Olivia Recasens
> 
>  
> 
>  
> 
>  
> 
> © DOC.LKA/US PRESS/SIPA
> 
>  
> 
>  
> 
> Le psychanalyste Jacques-Alain Miller examine pour Le Point le fait
> 
> divers qui secoue l¹Autriche, où l¹on découvre comment Josef Fritzl,
> 
> 73 ans, a séquestré sa fille pendant vingt-quatre ans et lui a fait
> 
> sept enfants. Pour Miller, ce qui sort de l¹ordinaire, ce n¹est pas
> 
> l¹inceste, c¹est « la régularité invariable d¹un acte immonde ».
> 
> Interview.
> 
>  
> 
>  
> 
> Le Point : Qu¹est-ce qui peut conduire un individu à un tel degré de
> 
> perversion ?
> 
>  
> 
> Jacques-Alain Miller : Une bonne éducation, à l¹ancienne, de hautes
> 
> vertus morales... Je m¹explique. Par quels traits Das Inzest-Monster,
> 
> comme l¹appellent les Autrichiens, restera- t-il dans les annales
> 
> cliniques et policières ? Vous pensez bien qu¹il ne le devra pas au
> 
> seul fait de l¹inceste, pratique fort répandue, ni non plus au nombre
> 
> de ses victimes. S¹il est exceptionnel, c¹est par la ténacité, la
> 
> constance, l¹endurance. Ce qui sort de l¹ordinaire, c¹est la
> 
> régularité invariable d¹un acte immonde, la méthode, la minutie et
> 
> l¹esprit de sérieux investis dans l¹accomplissement solitaire d¹un
> 
> forfait unique s¹étendant sur un quart de siècle. Pas une erreur, pas
> 
> un faux pas, pas un acte manqué. Total quality. Ce sont là autant de
> 
> qualités éminentes traditionnellement attribuées au caractère
> 
> germanique. Mises au service de la science et de l¹industrie, elles
> 
> ont fait la réputation des pays de langue allemande. D¹ailleurs,
> 
> c¹était un ingénieur en électricité, et il disait à sa femme qu¹il
> 
> descendait dans sa cave pour dessiner des plans de machines.
> 
>  
> 
> Si Gilles de Rais en France, Erzsebeth Bathory en Hongrie, grands
> 
> féodaux des XVe et XVIe siècles, restent dans les mémoires, c¹est au
> 
> contraire pour le désordre de leur conduite, leurs viols et
> 
> assassinats innombrables. L¹Autrichien, petit notable provincial, lui
> 
> aussi est un tyran, mais purement domestique. Il mène une existence
> 
> parfaitement « popote », mais dédoublée. Il est fidèle à sa fille
> 
> Elizabeth, unique objet de sa jouissance, dont il fait en quelque
> 
> sorte une seconde épouse. Il lui donne sept enfants, le même nombre
> 
> qu¹à son épouse légitime. Il semble que l¹on ne puisse lui reprocher
> 
> ni avortement ni contraception : c¹est un bon catholique. Il opère
> 
> dans la plus grande discrétion, sa conduite n¹est l¹occasion d¹aucun
> 
> scandale, d¹autant que cette seconde famille, il la fait vivre sous
> 
> terre, dans des cagibis aveugles où l¹on ne peut se tenir debout, à la
> 
> Louis XI.
> 
>  
> 
> Ce n¹est tout de même pas son éducation qui peut expliquer sa conduite !
> 
>  
> 
> On a appris qu¹il fut élevé sans père par une mère qui tous les jours
> 
> le battait comme plâtre. Le fait n¹a pas dû rester sans conséquences.
> 
> On peut toujours dire qu¹il voulait se venger de l¹objet féminin et se
> 
> prémunir contre ses caprices... Mais on serait bien en peine d¹en
> 
> déduire son vice : d¹autres issues étaient possibles. En 1967, au
> 
> moment de la naissance d¹Elizabeth, son quatrième enfant, il fut
> 
> arrêté pour un viol ; il en aurait commis d¹autres. Tout se passe
> 
> comme s¹il avait décidé de se ranger, et de s¹en tenir à une bigamie
> 
> incestueuse. On ne lui connaît que quelques escapades sexuelles en
> 
> Thaïlande, avec des copains, notables de la ville. Il en revenait
> 
> bronzé, en pleine forme, auprès de sa petite famille, qui, elle, ne
> 
> voyait jamais le soleil.
> 
>  
> 
> Etait-il une sorte de Dr Jekyll-Mr Hyde ?
> 
>  
> 
> C¹était à la fois un Père sévère, le Père de la loi, dont la rigueur
> 
> implacable étonnait ceux qui le voyaient régir sa famille du dessus
> 
> et, avec sa famille du dessous, un Père jouisseur, hors la loi. Dans
> 
> ces deux rôles, à un certain niveau, il fut irréprochable : songez
> 
> qu¹il assura sans faillir un instant la subsistance de tous les siens.
> 
> En même temps, c¹était sans doute un escroc : de ses opérations
> 
> immobilières il ne reste que des dettes considérables. C¹est l¹Etat
> 
> qui devra payer les années de psychothérapie et rééducation qui seront
> 
> nécessaires à la famille du dessous. Le montant en aurait d¹ores et
> 
> déjà été évalué à 1 million d¹euros.
> 
>  
> 
> La culture patriarcale, l¹empreinte catholique, la religion du «
> 
> chacun chez soi », qui marquent l¹Autriche, ont-elles pu jouer un rôle ?
> 
>  
> 
> Certains de ces traits valent pour la Sicile. Or on imagine mal une
> 
> telle histoire à Syracuse ou Trapani : là, les gens qui vivent entre
> 
> quatre murs sans sortir sont plutôt des mafieux pourchassés par les
> 
> carabiniers.
> 
>  
> 
> Mais est-ce un hasard si, après « l¹affaire Kampusch », ce fait divers
> 
> éclate en Autriche ?
> 
>  
> 
> Le cas Fritzl après l¹affaire Kampusch, cela fait sens,
> 
> nécessairement. Tandis que les Etats-Unis sont la terre bénie des
> 
> serial killers, l¹Autriche prend rang avec la Belgique pour les
> 
> pervers casaniers à souterrain, si je puis dire. Le cas présent se
> 
> distingue par son atmosphère d¹obéissance aveugle. Non pas seulement
> 
> celle de sa femme : Fritzl louait des chambres dans sa maison, une
> 
> centaine de locataires y défilèrent au cours du temps, il leur disait
> 
> de ne pas descendre dans son bunker, et aucun ne songea à enfreindre
> 
> cette interdiction. On déplore volontiers les infractions faites de
> 
> nos jours au respect de la vie privée : c¹est un reproche que l¹on ne
> 
> fera pas aux Autrichiens. A la Ybbstrasse, tout était en ordre, la
> 
> façade pimpante, le réfrigérateur souterrain bien garni, les vêtements
> 
> bien lavés et repassés. On regardait la télévision en famille. Le
> 
> bunker ? C¹était un abri antiatomique familial, édifié à l¹aide de
> 
> subventions officielles. Un grand crime populaire, c¹est toujours un
> 
> fait social total, pour reprendre l¹expression de Marcel Mauss : c¹est
> 
> un microcosme de la société, elle s¹y reflète tout entière. Fritzl :
> 
> criminel peut-être, mais Korrekt avant tout. En règle. Pas de
> 
> trébuchement. Pas d¹inconscient. Pas de sentiment de culpabilité.
> 
>  
> 
> Au regard de l¹histoire passée, peut-on parler d¹un peuple qui «
> 
> refoule » sans cesse, refusant de regarder la réalité en face ?
> 
>  
> 
> C¹est ce que disent les Anglais. Ils voient en Fritzl un symbole de
> 
> l¹Autriche. C¹est aussi l¹idée du romancier Josef Haslinger. La maison
> 
> natale de Hitler est à une heure et demie d¹Amstetten par la route,
> 
> Mauthausen plus proche encore. Le chancelier annonce une grande
> 
> campagne internationale de relations publiques pour améliorer l¹image
> 
> de l¹Autriche. Des esprits pratiques lui demandent plutôt des sous
> 
> pour les services sociaux. Un dessin du Times de Londres montre
> 
> l¹Autriche allongée sur un divan ; derrière, Sigmund Freud. On peut
> 
> rappeler que le pays a pris soin d¹éradiquer la psychanalyse, ou peu
> 
> s¹en faut. L¹avocat plaidera l¹aliénation mentale. Au vu de l¹extrême
> 
> maîtrise de soi dans le crime et la durée du délit, l¹irresponsabilité
> 
> ne va pas de soi.
> 
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